Intégration Soviétique : Police Politique



Il est impossible de comprendre la nature de l’Union Soviétique sans s’intéresser à sa police politique. A l’image de toutes les dictatures du monde, le régime soviétique n’aurait pu survivre sans avoir recours à un moyen répressif tel que le fut la Tchéka, qui deviendra plus tard le KGB.


Dès 1919, Lénine va créer, pour combattre la "contre-révolution", la très funestement célèbre “Tchéka” (acronyme renvoyant à “Commission Extraordinaire”). Cet organisme va rapidement obtenir des prérogatives conséquentes et des pouvoirs d’enquête, d’arrestation et même de jugement concernant des personnes considérées comme dangereuses pour le nouveau régime. Cette Commission fut d’abord rattachée au NKVD (“Le Commissariat du Peuple aux Affaires Intérieures”).


Mais lorsque l’URSS fut fondée, le choix fut fait, en 1924, d’introduire cet organisme directement dans la Constitution en tant qu’organe à part entière. Ainsi, de 1924 à 1936 il existait en URSS le “OGPU” (connu en France sous le nom de “Guépéou”) qui est un acronyme qui pourrait se traduire par “Gouvernance Politique Unifié”. L’article qui institue l’OGPU dit d’ailleurs clairement que cet organe a vocation à lutter contre la “contre-révolution” à tous les niveaux de l’Union et c’est pour cela qu’un GPU est organisé à tous les échelons de l’Union. Considérant que toute velleité d’indépendance vis-à-vis de l’Union aurait été considérée comme étant un élément “séparatiste, nationaliste et bourgeois”, il aurait été tout de suite écrasé sur place sous la direction du GPU local. De plus, la Constitution de 1924 prévoyait que le Président de l’OGPU faisait partie du Gouvernement de l’Union et qu’il y disposait d’une voix.


Si il n’y avait pas de Ministère Unifié des Affaires Intérieures entre 1924 et 1936, c’est parce que l’OGPU jouait le rôle de “gendarme de l’Union”, maintenant la cohésion de l’ensemble via l’utilisation de la répression. En 1936 toutefois, Staline va dissoudre l’OGPU et faire muter tous ses agents sous la direction du nouveau NKVD de l’Union. Sa suspicion des services secrets le fera d’ailleurs fusilier plusieurs Commissaires de l’NKVD pendant son règne.


C’est en 1954 que Khroutchev et ses alliés vont créer le KGB (“Comité de Défense d’Etat”). Celui-ci mènera des missions de renseignement à l’étranger et de répression à l’intérieur de l’Union. Mais il faut souligner avec force que l’objectif du KGB ne fut jamais de défendre l’Etat au sens classique du terme, mais de défendre le Parti et sa mainmise sur le pouvoir. Le slogan du KGB fut d’ailleurs “La loyauté au Parti c’est la loyauté à la Patrie”, montrant clairement la confusion qui régnait en URSS entre l’Etat et l’organe purement politique qu’était censé être le parti.


Viktor Souvorov dira d’ailleurs ceci : “Depuis le tout premier moment de l'émergence et jusqu'au tout dernier jour de l'existence de la dictature communiste, la tâche principale de la police secrète de la Tchéka - GB était de protéger cette dictature des ennemis internes - c'est-à-dire de son propre peuple.” Reprenant la symbolique héritée de la Tchéka, de l’OGPU et du NKVD, l’emblème du KGB fut le bouclier et l’épée, l’idée étant que le KGB était le bouclier du Parti et son arme d’attaque contre ses ennemis, autant de l’intérieur que de l’extérieur.


Des travaux de recherche historique furent menés suite aux ouvertures des archives du KGB par Viktor Souvorov. Il a ainsi réussi à démontrer que le KGB, contrairement à ce que beaucoup pensent, n’était pas une organisation vouée à l’espionnage et à la recherche d’informations à l’étranger (cette mission était en réalité du ressort du GRU et du SVR, les services de renseignement de l’armée) mais bien à la répression.


Ainsi, alors que le GRU menait par exemple des opération d’obtention d’informations cruciales en cas de conflit entre les deux superpuissances, le KGB était occupé par toutes les questions pouvant gêner le monopole du Parti, comme par exemple la surveillance de Soljentitsine, vivant en exil à l’étranger.


Ainsi si on combine le monopole politique du Parti Communiste à la politique répressive du KGB au profit de ce Parti, on se rend compte que tout l’édifice constitutionnel et légal de l’URSS ne fut que supercherie destinée à la propagande. La politique était décidée au Kremlin, qui n’hésitait jamais à éliminer quiconque se trouvait sur son chemin.


Comme le disait Staline, la nomenklatura (le Parti), était un ordre chevaleresque au service du souverain et si on pousse son analogie plus loin, l’URSS ne fut qu’un ensemble féodal soumis à une centre unique du pouvoir. D’ailleurs les renseignements américains parlaient toujours du centre de décision de l’URSS avec un nom simple : le “Centre”. Ce “Centre” dictait tout et décidait de tout. Un Etat dans l’Etat, le PCUS était de fait l’incarnation de l’Etat centralisé héritier de la tradition tsariste qui gouvernait à travers des institutions censées être fédérales et internationales.


On peut aussi ajouter que si l’URSS était fortement intégrée dans la poigne de fer d’une poignée d’hommes régnants au Kremlin, c’était pour eux le seul moyen de garder la main sur la situation car Lénine et Staline avaient ouvert en quelque sorte une boîte de pandore en 1917 en permettant les déclarations d’indépendance des Républiques. Une main de fer prouve plus souvent une faiblesse du système que sa force. Si les Etats européens s'intègrent aujourd’hui en un ensemble régional, c’est de leur propre volonté, certes l’intégration est moins forte qu’elle ne le fut en URSS mais au moins elle est voulue. L’URSS de l’autre côté a forcé des peuples dans une intégration dictée de façon hiérarchique et autoritaire, en sachant qu’à la première occasion, tout le monde quitterai l’Union en construction.


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