Pour une Nouvelle Russie : Poutinisme Partie I (2000-2016)


Avant d'entamer les axes importants de la réflexion sur la Révolution qui doit être accomplie, nous devons encore définir ce système dans lequel vit la Russie aujourd’hui: le Poutinisme. Il ne fait aucun doute que le Poutinisme d’aujourd’hui constitue une nouvelle version du fachisme au XXIème siècle. Mais ce qui est étonnant c’est que ce n’est pas vraiment un fachimse de conviction mais plus un fachisme opportuniste.


Pour décrire l’évolution du Poutinisme il me semble important de d’abord étudier la définition du fachisme en lui-même avant d'étudier les caractéristiques du Poutinisme au cours des décennies passées.

Définition du Fachisme


Il n’existe pas de définition précise de ce qu’est le fachisme. De plus, beaucoup de versions différentes du fachisme ont existé au cours du siècle passé (du nazisme d'Adolf Hitler au fachisme de Francisco Franco). Mais toutes les versions du fachisme ont plusieurs points communs:


  1. Culte du chef

  2. Confusion entre la figure du chef et la Nation elle-même

  3. Victimisation (le fait de faire passer toutes les difficultés d’un Etat et d’un peuple non pas sur des problèmes complexes mais sur une conspiration venue de l’étranger et d’une “cinquième colonne” de traître ou groupe de bouc émissaire)

  4. Nostalgie et promesse de reconstruction d’une Grandeure perdue (et très souvent illusoire car n’ayant jamais existé)

  5. Substitution de la vérité par le mensonge dans tous les médias officiels par une propagande

  6. L’idée que son peuple est différent des autres et surtout qu’il est supérieur aux autres

  7. Police politique qui écrase toute résistance au pouvoir

  8. Présence d’une oligarchie qui soutient le régime (car ils ne souhaitent pas perdre leurs monopôles via le jeu de la libre concurrence propre à un régime démocratique)


On peut encore trouver d’autres éléments mais ceux-ci me paraissent être les plus importants à retenir.


Poutinisme (2000-2016)


Lors de son arrivée au pouvoir, Poutine voulait être vu comme le successeur logique de Eltsine sur le plan idéologique. Il voulait être vu comme étant un libéral pro-démocrate mais avec une poigne de fer pour affronter les problèmes qui assaillaient la Russie (Guerre en Tchétchénie, terrorisme, crise économique, affaiblissement de l’Etat).


Ainsi on pouvait concevoir le Poutinisme comme un mouvement transitoire entre l’autoritarisme qui l'avait précédé pendant des siècles (l'impérialisme tsariste et communisme) vers une vraie démocratie libérale qui devait arriver à l’horizon 2010. La plupart des libéraux et démocrates étaient donc favorables à Vladimir Poutine car il incarnait un compromis qui se voulait temporaire. Ce compromis semblait d’ailleurs être honoré quand Dmitri Medvedev (un libéral pur souche à l’époque) lui succéda à la présidence en 2008. De plus, tout semblait cohérent car Poutine avait démissionné de son poste de colonel du KGB peu avant la chute de l’URSS et avait rejoint un des pères de la démocratie en Russie, Anatoly Sobtchak, maire de Saint-Pétersbourg et proche de Eltsine. Poutine semblait en effet être cette étrange créature mi-démocrate mi-agent du KGB qui incarnait la synthèse des années 1990.


De plus, lorsque Poutine a commencé à régler les problèmes auxquels faisait face la Russie en l’an 2000, il est apparu comme l’homme providentiel dont la Russie avait besoin. Il faisait revenir la sécurité dans les rues, il mettait fin à une Guerre sanglante en Tchétchénie (même si de fait il transforma cette guerre en boucherie et a contribué à la créer), il reconstruisait l’honneur de la Russie. Il était difficile de ne pas être emporté par l’enthousiasme des années 2000 (portés par un boom économique lié au prix des hydrocarbures).


Mais en rétrospective, nous pouvons déjà voir les bases de l'autoritarisme qui allait venir être jetées à cette époque. Dès son arrivée au pouvoir, Poutine fait tout son possible pour garantir la pérennité de son régime en mettant au rang l’oligarchie du pays, en contrôlant la télévision et en assurant sa réélection. Mais l’enthousiasme était trop fort pour qu’on s’en aperçoive à l’époque.


Alors en quoi consistait ce poutinisme des années 2000 à 2016 ? En un mot l’opportunisme.


Car en effet, rien ne définit mieux la politique de Vladimir Poutine que l’opportunisme. Il n’a aucune conviction politique réelle. Il est facilement passé du communisme athéiste, au libéral démocrate tolérant, au fachiste fanatique religieux. Non pas parce qu’il a changé, mais parce que pour lui cela semble être la position à adopter à un moment donné.


Comme l’ont montré les investigations menées par Alexei Navalny et ses équipes, la véritable conviction de Vladimir Poutine et de ses acolytes c’est l’argent. Depuis la chute de l’URSS il n’y a eu en Russie qu’une seule maxime qui a fait ses preuves: “enrichissez-vous”. Enrichissez-vous par tout moyen, y compris le vol, y compris la Corruption au plus niveau. Digne d’un capitalisme sauvage réminiscent du Far West, l’argent permet de faire ce que l’on veut et d’être intouchables.


Alors la vérité se trouve là. Poutine a réussi à atteindre le sommet de l’Olympe en 2000, et pour garantir son pouvoir il a réglé les problèmes auxquels était confrontée la Russie et il a ensuite placé ses proches à tous les postes stratégiques tant politiques qu’économiques. Ainsi la corruption rampante des années 1990 devint la politique même de l’administration centrale de l’Etat et de la Présidence. L’objectif de Poutine devint donc d’être l’homme le plus riche de Russie (et même du monde) en vue de devenir intouchable et au dessus de tout, comme un nouveau Tsar.


Le reste (c’est-à-dire la politique) devait être réglée de façon à ce que personne ne se rende compte de la supercherie. Il fallait donc prendre la position la plus logique et évidente pour survivre. S’il fallait être libéral, le discours serait libéral, s’il fallait être européaniste, le discours serait européaniste. Peu importe l’idée prônée sur l’arène politique, tant qu’elle permet de rester au pouvoir et continuer à voler. Et la supercherie a bien marchée vu que beaucoup de russes sont persuadés que Poutine a mis fin à la corruption des années 1990 et qu’il est lui-même au-dessus de tout soupçon. S’il y a de la corruption en Russie aujourd’hui (et elle est omniprésente !) c’est parce que Poutine ne le sait pas (c’est ce que pensent beaucoup de russes).


Mais comment pourrait-il en être autrement ? Avec des milliards de dollars, il n’est pas compliqué d’engager des communicants d’exception qui vont bombarder jour et nuit les cerveaux de la population par documentaires et reportages à la télévision (alors que les information contraires seront soit supprimés ou discréditées) pour convaincre le peuple qu’il n’est pas volé par le pouvoir.


Mais cette dynamique a changé de nature après les événements de 2014. Bien sûr, il y a plusieurs événements clefs qui ont eu lieu entre Décembre 2013 (euromaidan), Février 2014 (retour de la Crimée) et Mars 2014 (début de la Guerre du Donbass). On peut aussi remonter plus en amont avec les événements de 2011 (manifestations massives à Moscou contre le pouvoir) ou 2012 (retour de Poutine à la Présidence). Mais le véritable tournant à mes yeux se trouve en 2016. Car c’est en 2016, avec le soutien à la candidature de Donald Trump aux Etats-Unis, avec la mise en place de lois fortement inspirés par l'Église orthodoxe et avec le renforcement des moyens du FSB que la nature du pouvoir change en Russie. A commencé alors un long processus qui nous amène à la situation d’aujourd’hui.

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