Guerre en Ukraine: Echec et Mat (Stratégie de l'Occident)

Dernière mise à jour : 4 mars




“Connais ton ennemi et connais-toi toi-même, eussiez-vous cent guerres à soutenir, cent fois vous serez victorieux” L’Art de la Guerre, Sun Tzu


Pour gagner à coup sûr dans n’importe quel jeu de stratégie, il faut savoir exactement ce qui se passe sur le terrain de jeu et que va faire l’adversaire. Je montrerai dans le prochain article le déroulement probable d’une Guerre en Ukraine et ses conséquences pour la Russie (ce qui illustrera parfaitement que le Pouvoir Russe ne vit plus dans le réel mais dans un monde féerique qui l’induit en erreur et garantit donc son échec) mais il me paraît opportun d’utiliser cette citation pour introduire cet article car je vais expliquer ici pourquoi l’Occident a déjà gagné sans combattre.


Même s’il ne faut jamais être absolu dans ses prises de position et qu’au fond tout est possible, il faut néanmoins se rendre compte qu’en l’état des lieux, l’Occident a toutes les chances de son côté pour gagner cette confrontation.


D’abord il faut comprendre la prise de position des Etats-Unis et de l’OTAN. Ils ne soutiendront pas directement l’Ukraine en envoyant des troupes combattre les forces russes. Ceci ne vient pas d’une faiblesse de l’OTAN, de sa peur ou même d’une décision tactique de ne pas attaquer. En effet, intervenir militairement en Ukraine aurait été tout à fait réalisable dans d’autres circonstances. Ce qui empêche l’Occident d’intervenir directement c’est l’arsenal nucléaire russe. Toute intervention militaire dans laquelle les troupes de l’OTAN tueraient des troupes russes amènerait à une Guerre ouverte entre l’OTAN et la Russie et donc à un échange nucléaire avec une course à la première frappe stratégique.


Pour reformuler, les alliés avaient déclaré la Guerre à l’Allemagne en 1939 lorsque Hitler décida d’envahir la Pologone parce qu’ils avaient garanti l’indépendance de l’Etat polonais mais l’auraient-ils fait si Hitler disposait de la bombe nucléaire ? Bien sûr que non.


Donc il ne faut pas tant interpréter le refus de l’OTAN de s’engager militairement comme un signe de faiblesse plutôt qu’une décision stratégique d’éviter l'effondrement de la civilisation humaine dans un hiver nucléaire.


De plus, il est évident que si la Russie envahit l’Ukraine, elle le fera précisément parce que l’Ukraine n’est pas membre de l’OTAN. Ce qui est assez ironique en soi, ce qui met l’Ukraine en danger c’est le fait qu’elle n’est pas membre de cette alliance.


Ce qui est remarquable toutefois c’est que le temps est du côté de l’Occident depuis 2013. Avec chaque année qui passe l’Ukraine se rapproche de l’Occident et s’éloigne de la Russie. Ce sujet mérite une article en lui même mais en quelques mots: tant que la Russie est belliqueuse et que son régime ne change pas de l’intérieur, l’Ukraine va forcément se rapprocher de l’Europe. Alors la Russie est obligée d’agir pour éviter ce résultat mais son action risque au contraire d'accélérer le processus de distanciation entre la Russie et l’Ukraine. Le seul moyen d'éviter ce résultat c’est de changer la Russie et Poutine ne peut pas accepter cela. Donc en l’état des choses actuellement, le temps est du côté occidental et joue contre Poutine.


Mais cette crise profite à l’Occident d’autres façons également. D’abord cette crise permet à l’OTAN de retrouver son lustre d’antan. En effet pensez-y, il y a quelques années on se demandait si on avait encore besoin d’une alliance atlantique et s’il ne fallait pas plutôt la démanteler. Désormais ces temps sont révolus. Tout le continent européen vient désormais de se réveiller et de se rendre compte que sans l’OTAN l’Europe aurait déjà été engloutie par la Russie comme le risque d’être l’Ukraine. La Suède et la Finlande pensent clairement rejoindre l’organisation pour garantir leur souveraineté et leur sécurité. Les européens, qu'on croyait divisés, sont désormais soudés et soutiennent l’OTAN et l’Ukraine.


Poutine pensait qu’une opportunité s’ouvrait devant lui car l’Occident était divisé comme jamais et en pleine retraite depuis le départ des troupes américaines en Afghanistan. Il s'est lourdement trompé. Non seulement ces actions impérialistes en Ukraine ont eu pour effet de souder l’unité occidentale, ils ont aussi eu pour effet de montrer que l’Occident ne reculerait pas là où ça compte.


Car il est évident que Poutine ne cherchait pas la Guerre au départ. Ce qu’il voulait c’est une Victoire diplomatique. Il voulait montrer à son peuple qu’il était encore capable d’obtenir des concessions de l’Occident en montrant le poing et en faisant une démonstration de force.


Résultat ? Les pays occidentaux n’ont même pas daigné répondre à son ultimatum et ne se sont pas montrés terrifiés par sa puissance. De plus, ils ont montré un véritable attachement à défendre leurs valeurs en proposant ensemble un paquet de sanctions et en mettant en danger le projet de pipeline Nordstream 2. Ceci est considérable car cela montre une volonté de l’Europe de ne pas se laisser intimider par des menaces à sa sécurité énergétique tout en cherchant des alternatives pour éviter de dépendre de la Russie. Le grand levier géopolitique russe (le pipeline) se trouve donc en danger et la Russie risque de perdre cet atout stratégique.


Et pourtant tout cela était prévisible. L’Occident ne pouvait pas reculer davantage. Au nom de la Liberté et de ses principes, l’Occident devait arrêter les concessions et les signes de faiblesse et de désunion. L’Occident ne pouvait certes pas attaquer mais sa démonstration de force et de volonté vient de sa détermination à rester ferme. Et c’est ce qu’il a fait. On peut donc déjà constater que l’Occident est plus uni, plus fort et plus déterminé que jamais. C’est déjà une Grande Victoire. Ainsi, par sa politique belliqueuse, Poutine a rendu l’Occident fort et à mis au jour le fait que ses menaces ne font bouger personne.


Mais en vérité la situation est encore plus à l’avantage de l’Occident. Car le régime de Poutine est désormais dos au mur et il n’y a aucun scénario de victoire qui se présente à lui. Poutine a voulu être menaçant et personne n’a bronché et ne lui a donné ce qu’il voulait, son bluff a échoué. Et il est donc maintenant obligé de tenir parole. Car s’il fait des menaces mais ensuite n’agit pas, c’est qu’il n’a plus de volonté ou de pouvoir. Mais en même temps il sait très bien que s’il envahit réellement l’Ukraine il risque une crise économique et politique sans précédent et probablement une Révolution. Sa position rappelle beaucoup celle de Khroutchev en 1962. Il a plongé le monde dans une crise similaire à celle de la Crise de Cuba. Il ne peut se résoudre à avancer mais il sait que s’il recule il perdra le pouvoir. La chose honorable à faire serait de démissionner pour le bien de la Patrie. Mais Poutine n’est pas Kroutchev …


Donc s’il avance il court de grands risques de perdre son pouvoir et d’enfoncer la Russie dans une crise sans précédent. Mais s’il recule il sera vu comme étant faible et comme ayant placé la Russie en position de faiblesse pour ne rien obtenir en retour. Sa légitimité sera questionnée et il risque une fronde dans son propre camp.


Pour les Etats-Unis, une invasion de l’Ukraine par la Russie serait similaire, voire pire, que leurs propres échecs au Vietnam et en Afghanistan. De l'autre côté, si la Russie recule, ils gagnent par forfait. Ils n’ont donc rien à perdre et ont déjà gagné. De plus, en prédisant constamment une attaque imminente les Etats-Unis ont enlevé tout effet de surprise sur lequel comptait Poutine. En effet, s’il voulait justifier son invasion par le biais d’une pseudo attaque ukrainienne imprévue c’est raté. ll est donc littéralement cloué sur place alors que tout se positionne contre lui.


Dans un jeu d’échecs, quand le roi ne peut plus avancer mais ne peut pas non plus rester sur place la partie est finie: échec et mat. Poutine a déjà perdu. L’Occident a déjà gagné. Les seules questions qui restent sont de savoir combien de victimes innocentes devront mourir et souffrir avant que l’évidence n'apparaisse à tous ? Et combien de dégâts est-ce que le régime de Poutine va-t-il infliger à la Russie et au monde avant que le peuple russe ne se dise “Assez !” et renverse ce pouvoir ?


Il est urgent pour les Russes de se réveiller et de voir la vérité en face. Plus on attend, plus les dégâts seront grands et difficiles à réparer. Il en va du destin de la Mère Patrie et du monde.

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